1.
Prophéties

 

2 mars 1977

 

Cette nuit, j’ai encore rêvé de l’Irlande. Comme toujours, j’ai éprouvé une nostalgie que je ne m’explique pas. Ce n’est qu’une image, à la simplicité trompeuse : une robe d’enfant en lin crème, pendue à une corde à linge, virevoltant dans le vent. Derrière, les collines vertes s’enchaînent jusqu’aux contreforts du Slieve Corrofin. Un gros rocher en forme de tête de lézard constitue son sommet. Je me souviens que les habitants de la région l’appellent le dragon de Ballynigel.

Pourquoi Ballynigel hante-t-il toujours mes rêves ? Et pourquoi ce village me revient-il à l’esprit alors que je dois épouser Grania dans deux jours ? Si, comme on me l’enseigne, tout a un sens, que dois-je comprendre ? Est-ce une mise en garde contre ce mariage ? Non, c’est impossible, je vois cette petite robe en rêve depuis mes huit ans, et j’en ai maintenant dix-huit.

De plus, Grania est enceinte de trois mois. C’est un bon parti. Sa famille est l’une des plus riches de notre coven. Plus important encore, Greer, sa mère, est la grande prêtresse de Liathach et n’a pas d’autre enfant. Or Grania n’a pas l’intention de lui succéder un jour. Elle est plus qu’heureuse de me laisser ce rôle. J’ai toujours su que tôt ou tard je serais amené à diriger Liathach. Être le gendre de Greer MacMuredach facilitera la passation de pouvoir. Ensemble, Grania et moi fonderons une dynastie à la gloire de la magye des Woodbane.

 

Neimhich

 

 

* * *

 

 

À huit heures et demie, tandis que je filais vers le sud au volant de Das Boot, le ciel arborait encore les pâles couleurs de l’aube. En ce jeudi matin de janvier, il n’y avait presque personne sur la route, et le monde semblait immobile et silencieux. À l’arrière, Bree, Robbie, Raven et Sky dormaient les uns sur les autres : Raven s’était à moitié effondrée sur Sky et Bree enlaçait Robbie. Seul Hunter, assis à côté de moi, était réveillé. J’ai jeté un coup d’œil à son profil parfait : il étudiait la carte d’un air très concentré. Parfois, je me demandais s’il lui arrivait de se détendre. Était-il aussi sérieux dans son sommeil ?

J’allais peut-être le découvrir au cours de ce week-end. Tous les six, nous allions séjourner quatre jours sous le même toit, à New York. Je n’avais jamais passé autant de temps avec Hunter, et une part de moi frétillait d’impatience. Même si nous sortions ensemble depuis peu, je savais que je l’aimais. La plupart du temps, j’étais sûre que lui aussi m’aimait. Pourtant, parfois, j’étais saisie par le doute. Je lui avais avoué mes sentiments quelques semaines plus tôt, alors que lui ne s’était jamais déclaré. Qui sait ? Il jugeait peut-être que c’était inutile. Je n’avais pas le cran de l’interroger sur la question.

— C’est dommage qu’on ne vole plus sur des balais, a-t-il soudain déclaré en souriant.

— C’était vraiment le cas avant ? ai-je demandé. Cool !

— Tu parles ! À mon avis, ce devait être horriblement inconfortable : un siège dur, pas de chauffage ni de climatisation, des insectes qui viennent se coincer entre tes dents…

La lueur amusée qui éclairait son regard m’a redonné le sourire.

— Je crois que je vais m’en tenir à la voiture, alors, ai-je répondu en riant.

Si nous allions à New York, c’était grâce à Hunter. Ou plutôt à Hunter et à la vieille chaudière de notre lycée qui était tombée en panne la veille, nous offrant par la même occasion un week-end de cinq jours, puisque le lundi était férié.

Le Grand Conseil avait pris mon rêve très au sérieux. Il y avait reconnu une vision prophétique et avait ordonné à Hunter de mener l’enquête. « Mes supérieurs pensent que les animaux représentent les membres d’un coven Woodbane appelé Amyranth », m’avait informée Hunter. Ce nom me disait quelque chose, mais quoi ? Hunter m’avait expliqué qu’il s’agissait de l’un des covens Woodbane qui n’avaient pas renoncé à la magye noire. L’un des pires. On les soupçonnait de s’adonner à l’art interdit de la métamorphose. En fait, un autre coven, Turneval, connaissait jadis cette pratique. Il avait été dissous au début des années 1970, après que ses principaux membres avaient été dépossédés de leurs pouvoirs par le Conseil. Pour éviter de subir le même sort, Amyranth avait toujours agi dans l’ombre. Ses membres appartenaient souvent à un autre coven qui leur servait de couverture. Comme Selene. Lorsque Hunter m’avait appris qu’elle n’était pas seulement la grande prêtresse de Starlocket, mais aussi une sorcière d’Amyranth, j’avais compris pourquoi ce nom m’était familier : Hunter l’avait déjà mentionné le jour où…

Pour que je la rejoigne, Selene s’était servie de Cal, qui était à la fois son fils, le demi-frère de Hunter et mon premier amour. Après l’échec de son plan, elle avait kidnappé Mary K., ma sœur. Hunter et moi avions dû affronter la sorcière face à face, juste avant Noël. Nous l’avions échappé belle. Cependant, je craignais que ma sœur n’ait été traumatisée.

Cette nuit-là, Cal s’était interposé entre moi et le nuage d’énergie noire qui m’était destiné. Il avait péri, de la main de sa propre mère. Après m’avoir manipulée et trahie, il avait donné sa vie pour moi. J’étais toujours sous le choc : ce garçon sublime n’était plus ; il était mort à cause de moi.

Selene y avait elle aussi laissé la vie… Je n’avais pas eu l’intention de la tuer, et l’idée que ma magye ait contribué à sa fin me hantait. Je n’avais jamais côtoyé la mort de si près. C’était horrible, vide de sens, irrévocable. Voir les corps inertes de Cal et de Selene m’avait profondément marquée. Malgré leurs formidables pouvoirs, ils étaient mortels, comme tout le monde. Depuis cette nuit-là, je regardais les gens que j’aimais d’un autre œil. Nous sommes si fragiles, si vulnérables. Cette idée ne me quittait pas alors même que je me dirigeais vers New York par cette belle matinée.

— Ça va ? m’a demandé Hunter doucement. Si tu continues à serrer ton volant aussi fort, tu vas finir par l’arracher du tableau de bord.

— Tout va bien, l’ai-je rassuré en me forçant à me détendre.

— Tu penses à Cal et à Selene ?

Il était très réceptif à mes émotions. Lui seul était capable de deviner aussi finement mes pensées et mes sentiments. Parfois, cela m’agaçait. D’autres fois, c’était réconfortant. À cet instant précis, il y avait un peu des deux.

J’ai hoché la tête. Hunter et Cal n’avaient jamais pu s’entendre. De vrais frères ennemis. Mais Hunter savait que j’avais aimé Cal, et il s’efforçait de respecter mes sentiments passés.

— Parlons d’autre chose, ai-je suggéré. Tu peux me rappeler pour quelle raison nous allons à New York ? Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris.

— Comment ça, « nous » ? Toi, tu restes en dehors de ça. Je ne veux pas que tu prennes le moindre risque, Morgan.

J’ai soupiré, un peu agacée. Nous avions déjà eu cette discussion plusieurs fois. Parce qu’il s’agissait de mon cauchemar, le Conseil avait suggéré que j’accompagne Hunter, au cas où il aurait besoin de me consulter. De mon côté, je mourais d’envie de venir : je voulais en savoir plus sur mon rêve, et l’idée de passer du temps avec Hunter à New York m’emballait.

Hunter, lui, n’était pas de cet avis. Il trouvait que c’était trop dangereux, d’autant plus que Selene avait agi au nom d’Amyranth : j’étais peut-être toujours leur cible. Je ne pouvais prétendre que cette éventualité ne m’effrayait pas, cependant, depuis la mort de Selene, rien ne m’était arrivé et je commençais à me sentir suffisamment en sécurité pour que mon désir de passer du temps avec Hunter l’emporte sur ma peur.

— De toute façon, tu ne peux pas venir, avait-il rétorqué quand j’avais abordé la question. Tu as cours. Tes parents ne voudront jamais que tu sèches le lycée pour aller te promener à New York.

Sur ce point, il avait raison. Mais c’était compter sans la panne de la chaudière du lycée ! Bree avait alors suggéré que nous profitions de notre week-end rallongé pour accompagner Hunter dans sa mission et faire un court séjour dans l’appartement new-yorkais de son père – un avocat réputé. Après une longue discussion, mes parents avaient accepté que j’y aille, et Hunter s’était retrouvé à court d’arguments. À cette pensée, un sourire s’est dessiné sur mes lèvres : ce devait être le destin.

Puisque Sky veillait toujours sur son cousin, elle était naturellement de la partie, et Raven avait insisté pour l’accompagner. Comme Bree avait bien sûr invité Robbie, nous étions donc six, entassés dans Das Boot.

Le trafic plus dense m’a soudain forcée à ralentir.

— Alors, si j’ai bien compris, les bêtes sauvages de mon rêve étaient en fait des sorciers d’Amyranth sous leur forme animale ?

— C’est ce que nous pensons. Nous savons qu’ils utilisent des masques représentant des animaux lors de leurs rituels les plus macabres. Il est rare qu’un sorcier puisse se changer en animal… eux en sont pourtant capables. Ce sont des métamorphes. Le Conseil pense que le louveteau symbolise l’enfant du sorcier-loup.

— Hein ? Mais… mais, dans mon rêve, le louveteau allait être sacrifié ! Tu veux me faire croire qu’un père – ou une mère – s’apprête à tuer son propre enfant ?

— C’est notre théorie. Il y a de grandes chances pour que les pouvoirs de la victime se fassent absorber. Ce qui entraînerait certainement sa mort.

— Et que sait-on d’autre ? ai-je demandé après une pause, en essayant de rester aussi calme que Hunter.

— Rien. Le Conseil ne sait pas quelle branche d’Amyranth est concernée.

— Combien y a-t-il de branches ?

Hunter a poussé un long soupir.

— Quatre, à notre connaissance. Une à San Francisco – c’était le groupe de Selene –, une près de Glasgow, en Écosse, une dans le nord de la France et une autre ici, à New York. Nous avons réussi à placer des espions dans celle de San Francisco, mais malheureusement nous avons très peu d’informations sur les autres. Nous savons simplement qu’elles existent. Celle de New York est la plus mystérieuse. Nous avons été incapables d’identifier le moindre de ses membres ou de la relier à un quelconque incident impliquant la magye noire.

J’ai essayé d’y voir plus clair.

— Alors, le Conseil ne sait pas qui est ce sorcier-loup ?

— Non, ni le louveteau. Nous pensons que ce dernier est un jeune sorcier – ou une jeune sorcière – qui court un terrible danger. C’est tout.

— Et toi, tu es censé faire quoi ?

— Me renseigner sur la branche de New York, découvrir si possible qui est en danger et, si la victime s’avère être à New York…

— … nous devrons trouver un moyen de la protéger, ai-je conclu.

— Je devrai trouver un moyen de la protéger. Toi, tu es là pour te détendre et profiter de la ville. Le shopping, les musées, les bagels, la statue de la Liberté…

— Arrête un peu ! Tu vas avoir besoin d’aide. Tu n’as pas la moindre piste ! Par où vas-tu commencer ? Tu vas essayer un sort de divination ?

— Tu crois que le Conseil n’a pas déjà tenté tout ce qu’il était magyquement possible d’entreprendre ? Nous sommes dans une impasse. Maintenant, c’est un travail de terrain. Et toi, tu ne peux pas m’aider.

Comme j’allais protester, il a délicatement posé un doigt sur mes lèvres avant de poursuivre :

— Tu le sais aussi bien que moi, Morgan. C’est trop dangereux. Ce qui me rappelle que le Conseil ignore autre chose.

— Quoi donc ? ai-je demandé en klaxonnant car la circulation s’était ralentie.

— La raison pour laquelle c’est toi qui as reçu ce rêve.

Une goutte de sueur glacée a dégouliné le long de ma nuque. Je suis restée silencieuse, pensive.

— Robbie, vire ton coude de mes côtes ! a grogné Raven.

À l’arrière, tout le monde semblait maintenant réveillé. Robbie s’est penché vers nous.

— Bonjour. On est où ?

— À huit kilomètres au nord de la ville, a répondu Hunter.

— Je meurs de faim. Si on s’arrêtait pour prendre un petit déj’ ? a suggéré Robbie.

— J’ai apporté des muffins, a annoncé Bree.

En jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, je l’ai aperçue qui tendait un sac en papier plein de gâteaux : malgré ses yeux bouffis de sommeil, elle ressemblait toujours à un top model : grande et mince, avec des yeux sombres et des cheveux châtains, lisses et brillants. Elle et Robbie, notre meilleur ami depuis la primaire, sortaient ensemble depuis peu. Plus ou moins. Lui était fou amoureux d’elle, mais, lorsqu’il lui avait avoué ses sentiments, elle s’était braquée. Pourtant, elle continuait à le fréquenter. Je n’arrivais pas à savoir ce qu’elle éprouvait vraiment pour lui. Il faut dire que j’étais loin d’être une experte en la matière. Hunter n’était que mon deuxième petit copain.

— Y en a au citron ? a demandé Raven en farfouillant dans le sac sans attendre de réponse. T’en veux un, Sky ?

— Oui, merci, a articulé cette dernière en bâillant.

Sky et Raven étaient comme le jour et la nuit. Sky – mince, pâle, blonde – affichait un penchant pour les vêtements androgynes. Raven, elle, était la gothique officielle de Widow’s Vale, avec toute la panoplie en cuir et latex noirs. Ce matin-là, elle portait un bustier moulant qui laissait voir le cercle de flammes autour de son nombril. Un piercing violet brillait au coin de son nez. Alors qu’elle avait toujours collectionné les mecs, elle sortait maintenant avec Sky. Et Sky était amoureuse d’elle. Il paraît que les contraires s’attirent, non ?

Hunter a choisi un muffin à la groseille et m’en a proposé un morceau.

— Merchi, ai-je répondu en le prenant du bout des lèvres.

Il a tendu la main pour enlever une miette collée à ma bouche. Nos regards se sont croisés, et j’ai rougi en voyant le désir enflammer ses prunelles.

— Euh, Morgan ? a coupé Robbie. La route, s’il te plaît !

Les joues en feu, je me suis efforcée de rester concentrée sur la circulation tout en me demandant à quoi ressemblerait notre séjour chez le père de Bree.

D’accord, nous ne serions pas seuls, mais l’idée de me retrouver avec Hunter dans un appartement new-yorkais me semblait terriblement romantique. Je nous imaginais dans la suite parentale, contemplant les lumières de Manhattan à la tombée de la nuit.

Et puis après ? ai-je songé, un peu inquiète. Hunter a sans doute perçu mon trouble, car il a retiré sa main de ma cuisse.

— Qu’est-ce qu’il y a ? s’est-il enquis.

— Rien du tout.

— Tu es sûre ?

— Euh… je n’ai pas trop envie d’en parler…

— Comme tu veux, a-t-il murmuré en me laissant à mes pensées.

Cal avait été mon premier amour. Le beau, le charismatique, le séduisant Cal. Malgré cela, je ne m’étais pas sentie prête à aller jusqu’au bout avec lui. Qui sait ? En mon for intérieur, je devais savoir qu’il me manipulait et me mentait…

Cependant, avec Hunter, c’était différent. Je l’aimais, je lui faisais confiance et il m’attirait irrésistiblement. Alors, pourquoi est-ce que l’idée de coucher avec lui m’effrayait ? J’ai jeté un coup d’œil à mes amis dans le rétroviseur. Robbie était encore vierge, comme moi. Enfin, puisqu’il sortait avec Bree, ce n’était sans doute plus qu’une question de temps… Je ne savais pas pour Sky, mais Bree, elle, avait perdu sa virginité à quinze ans. Quant à Raven… je n’arrivais même pas à imaginer qu’elle ait été vierge un jour !

Qu’est-ce qui clochait chez moi ? J’avais dix-sept ans, et si peu d’expérience…

— Prends la prochaine sortie, a soufflé Hunter. Il faut qu’on traverse le quartier de Harlem.

J’ai suivi ses indications, et le ciel a soudain disparu derrière une nappe de pollution, de grands panneaux d’affichage et des immeubles en brique délabrés. On avançait à présent par à-coups, et les conducteurs irrités klaxonnaient sans discontinuer. La camionnette devant moi a crachoté un épais nuage noir de gaz d’échappement, tandis qu’un taxi me hurlait dessus en me dépassant par la droite.

Je me suis sentie envahie par un courant d’énergie brute : nous étions arrivés à New York.

L'appel
titlepage.xhtml
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_046.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_047.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_048.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_049.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_050.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_051.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_052.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_053.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_054.html
Tiernan,Cate-[Wicca-3]L'appel(2001).French.ebook.AlexandriZ_split_055.html